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Le plus ancien salon d'Europe : histoire et architecture à Spa

Le plus ancien salon d'Europe : histoire et architecture à Spa

À Spa, un même îlot de bâtiments porte plus de deux siècles et demi d'histoire du jeu en Europe. La Redoute, érigée en 1763, est considérée comme le premier casino moderne du continent et l'ancêtre direct de l'établissement actuel. Juste à côté, le Waux-Hall, construit à partir de 1769, reste l'un des rares témoins architecturaux encore debout d'une des plus vieilles salles de jeux d'Europe. Entre façades classées, incendie reconstruit à l'identique et visiteurs qui ont marqué leur époque, voici ce que racontent vraiment ces pierres.

L'essentiel à retenir

Pourquoi la Redoute de 1763 est-elle devenue une référence en Europe ?

Spa n'est pas devenue une ville de jeu par hasard. Depuis le XVIe siècle, ses sources thermales attiraient déjà une clientèle aristocratique venue de toute l'Europe pour la cure. Cette population a besoin d'occupations entre deux séances de soins, et c'est cette demande qui a fait naître la Redoute en 1763 : une maison d'assemblée pensée pour recevoir cette société internationale le temps d'une saison. L'établissement est aujourd'hui considéré comme le premier casino moderne du continent, et le casino actuel de Spa s'en revendique directement l'héritier, ce qui en fait, avec la Redoute, l'un des plus anciens casinos du monde (Wikipédia, Vegasmaster).

Ce qui distingue Spa d'autres villes d'eaux, c'est la concurrence qui s'y installe très vite. Sept ans après la Redoute, un second lieu de divertissement ouvre à deux pas : le Waux-Hall. Les deux établissements se disputent alors la même clientèle, ce qui explique le soin apporté à leur décor, pensé pour impressionner autant que pour divertir.

Qui fréquentait les salons de Spa au XVIIIe siècle ?

La liste des visiteurs donne une idée du rayonnement de la ville à cette époque. Casanova y séjourne en 1763, puis revient en 1783 ; il décrira plus tard Spa comme un lieu où « toutes les nations de l'Europe affluent en été » (L'Avenir). L'empereur d'Autriche Joseph II s'y arrête en 1781 et surnomme la ville « le café de l'Europe », une formule restée attachée à Spa depuis.

Cette fréquentation n'est pas qu'une curiosité d'historien local : elle explique pourquoi la ville a continué, siècle après siècle, à réinvestir dans ses salons plutôt que de les laisser se dégrader.

Comment le Waux-Hall a-t-il été construit, phase par phase ?

Le bâtiment du Waux-Hall n'a pas été élevé d'un seul jet. Il doit son architecture à l'architecte liégeois Jacques-Barthélemy Renoz, au stucateur Antoine-Pierre Franck pour les décors intérieurs et au peintre Henri Deprez, auteur des compositions qui ornent encore aujourd'hui les plafonds des salons (Mini Ardenne). La construction s'est étalée sur une dizaine d'années :

Ce chantier en plusieurs temps explique certaines irrégularités que l'on peut encore repérer aujourd'hui dans les proportions du bâtiment, visibles pour qui regarde la façade avec un œil attentif : chaque aile répond à une commande et une décennie différentes, et les décors stuqués de Franck gardent les marques de styles qui évoluent sur la période.

Le plafond des salons reste l'élément le plus cité par les visiteurs qui connaissent le bâtiment : les compositions peintes par Henri Deprez, conservées malgré les siècles et les usages successifs du lieu, donnent une idée de ce que représentait, pour l'époque, le soin apporté à un simple lieu de sociabilité. On y retrouve le même souci du détail que dans les salons parisiens ou viennois contemporains, preuve que Spa ne voulait rien céder aux capitales dans la compétition pour attirer l'aristocratie européenne.

Que s'est-il passé lors de l'incendie de 1909 ?

Un siècle et demi après la Redoute, Spa se dote d'une nouvelle salle des fêtes, le Kursaal, construite en un temps record : à peine plus de six mois, de janvier à juillet 1908. Le bâtiment est à peine inauguré qu'un incendie le ravage entièrement en février 1909, sept mois seulement après son ouverture (Ville Belle Époque). La reconstruction suit presque immédiatement : la salle rouvre en 1910, rebâtie à l'identique, puis sera plus tard transformée en véritable salle de spectacles dotée d'une scène.

Cet épisode illustre une constante de l'histoire du site : chaque fois qu'un bâtiment a été perdu à Spa, la ville l'a reconstruit à son emplacement plutôt que de déplacer ses salons ailleurs. C'est aussi ce qui explique la cohabitation, aujourd'hui, de décors du XVIIIe siècle et d'une salle du début du XXe siècle sur un même site.

La rapidité de cette reconstruction mérite d'être soulignée. Rebâtir à l'identique, et non selon les goûts du moment, demandait de retrouver les plans d'origine et de recruter des artisans capables de reproduire des décors déjà anciens pour l'époque. Ce choix, plutôt que de moderniser la salle à l'occasion du sinistre, montre à quel point la ville tenait à préserver l'image du lieu telle que ses visiteurs la connaissaient depuis des générations, plutôt que de suivre les modes architecturales du début du XXe siècle.

Que reste-t-il de cet artisanat aujourd'hui, et peut-on encore y jouer comme avant ?

Le Waux-Hall a connu d'autres usages que le jeu : de 1957 à 1965, il a abrité le Musée de la Ville de Spa, preuve que le bâtiment a toujours été vu comme un lieu patrimonial à préserver, pas seulement comme une salle de jeu. Un projet de rénovation porté par la Région wallonne a été relancé en 2025, avec l'idée d'un partenariat public-privé pour financer la remise en état de la toiture et des décors (L'Avenir). À deux pas, les Thermes de Spa perpétuent la fonction qui a fait naître ces salons au départ : accueillir des curistes venus de toute l'Europe (Thermes de Spa).

Les jeux de table qui ont fait la réputation de ces salons, le blackjack en tête, n'ont pas disparu avec le XVIIIe siècle. Pour qui n'a pas l'occasion de passer par Spa, le même jeu se retrouve aujourd'hui en version blackjack en ligne, loin des lustres et des stucs mais avec les mêmes règles qui se sont transmises de table en table depuis des générations.

C'est d'ailleurs cette continuité qui frappe le plus quand on visite Spa aujourd'hui : la ville n'a jamais traité son patrimoine de jeu comme un simple décor touristique à figer dans le passé. Les salons du XVIIIe siècle, la salle reconstruite après 1909 et le casino actuel appartiennent à une même histoire continue, qui s'est toujours adaptée à son époque sans jamais renier son point de départ.

Questions fréquentes

La Redoute et le casino actuel de Spa sont-ils le même bâtiment ?
Non. La Redoute de 1763 était la maison d'assemblée d'origine ; le casino actuel en est l'héritier historique, mais le bâtiment a évolué au fil des reconstructions successives, dont celle du Kursaal après l'incendie de 1909.

Pourquoi parle-t-on du Waux-Hall et de la Redoute comme de deux lieux distincts ?
Parce qu'ils l'étaient : deux maisons concurrentes, construites à quelques années d'écart, qui se disputaient la même clientèle aristocratique venue pour les eaux.

Le Waux-Hall est-il aujourd'hui ouvert au public ?
Le bâtiment fait l'objet d'un projet de rénovation relancé en 2025 par la Région wallonne ; son usage a varié dans le temps, ayant notamment abrité le Musée de la Ville entre 1957 et 1965.

Qui a dessiné les décors intérieurs du Waux-Hall ?
L'architecte Jacques-Barthélemy Renoz a conçu le bâtiment, le stucateur Antoine-Pierre Franck en a réalisé les décors, et le peintre Henri Deprez a composé les peintures des plafonds.

Reste-t-il des traces de l'incendie de 1909 ?
La salle visible aujourd'hui est la reconstruction de 1910, bâtie à l'identique sur les plans d'origine après la destruction complète du Kursaal sept mois après son inauguration.

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